En juillet 2026, la France traverse une sécheresse jugée plus précoce et plus sévère qu’en 2022. Au 9 juillet, 95 des 96 départements métropolitains appliquaient au moins une mesure de restriction d’eau, la seule Haute-Corse étant épargnée, et de nouveaux arrêtés préfectoraux ont durci les restrictions à la mi-juillet (Selectra, 12/07/2026 ; Réussir). Ce contexte remet au premier plan un phénomène longtemps discret dans le paysage assurantiel : le retrait-gonflement des argiles (RGA), c’est-à-dire les fissures qui apparaissent sur les maisons quand les sols argileux se rétractent en période de sécheresse puis regonflent.
Pour comprendre ce que représente réellement ce risque, nous avons repris les chiffres des sources publiques de référence — au premier rang desquelles la Caisse Centrale de Réassurance (CCR), réassureur public qui publie chaque année le bilan du régime d’indemnisation des catastrophes naturelles. Voici ce que disent ces données, et uniquement elles.
Points clés
- Sur les dix dernières années, la sécheresse représente 52 % de la sinistralité des catastrophes naturelles (hors auto), devant les inondations (30 %) — un ordre inversé par rapport à la période 1982-2024 (CCR).
- La sécheresse de 2022 est l’événement le plus coûteux de l’histoire du régime depuis 1982, avec 3,5 milliards d’euros de dommages aux bâtiments (CGDD).
- 12,1 millions de maisons individuelles sont situées en zone d’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, dont 4 millions en zone forte (ministère de la Transition écologique).
- La surprime catastrophes naturelles est passée de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025 sur les biens hors véhicules (CCR / arrêté du 22/12/2023).
- La franchise légale sécheresse en habitation s’élève à 1 520 €, contre 380 € pour les autres périls (CCR).
Ce que montrent les données
La sécheresse est devenue le premier poste de sinistralité
Le fait le plus marquant du dernier bilan CCR (période 1982-2024, publié en juin 2025) tient dans un renversement. Sur l’ensemble de la période depuis 1982, les inondations dominaient la sinistralité non-auto du régime, avec 49 % du coût, devant la sécheresse (41 %) et les autres périls (10 %). Mais sur les dix dernières années, la hiérarchie s’inverse : la sécheresse pèse désormais 52 % de la sinistralité, les inondations 30 % et les autres périls 18 % (source CCR, « Chiffres clés »).
Ce basculement se lit aussi dans le classement des événements. Selon la CCR, quatre des cinq événements les plus coûteux du régime catastrophes naturelles sont des sécheresses, et quatre d’entre eux se sont produits au cours des huit dernières années. Plus largement, le réassureur constate une sinistralité assurée moyenne de 2,4 milliards d’euros par an sur la dernière décennie, avec une fréquence des sinistres multipliée par quatre par rapport à la période antérieure à 2015.
2022, l’année record
L’épisode de référence reste la sécheresse de 2022. La CCR la qualifie d’événement le plus coûteux de l’histoire du régime depuis sa création en 1982. Côté chiffrage, le Commissariat général au développement durable (CGDD) estime à 3,5 milliards d’euros les seuls dommages aux bâtiments liés au RGA, soit 61 % d’un coût socio-économique total évalué à plus de 5,6 milliards d’euros (dommages à l’énergie, restrictions d’eau, agriculture, feux de forêts). Le CGDD précise lui-même que cette estimation est probablement en deçà de la réalité.
À titre de comparaison, les sécheresses suivantes ont été plus contenues : la CCR estime la sécheresse 2023 entre 700 et 850 millions d’euros de dommages assurés (1 122 communes reconnues au 6 mai 2025), et celle de 2024 à seulement 21-24 millions d’euros (29 communes reconnues). Un rappel utile : d’une année à l’autre, l’intensité de ce risque varie fortement.
| Répartition de la sinistralité Cat Nat hors auto | Sécheresse | Inondations | Autres périls |
|---|---|---|---|
| Depuis 1982 | 41 % | 49 % | 10 % |
| 10 dernières années | 52 % | 30 % | 18 % |
Une exposition massive du parc de logements
L’ampleur du phénomène tient d’abord au nombre de logements concernés. Selon le ministère de la Transition écologique (page mise à jour le 9 juin 2026), 12,1 millions de maisons individuelles existantes se trouvent en zone d’exposition moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles, dont 4 millions en zone forte. Le ministère résume ainsi la situation : « une maison sur deux est aujourd’hui exposée ».
Ce n’est pas un risque marginal : depuis 1982, 99 % des communes françaises ont été reconnues au moins une fois en état de catastrophe naturelle, tous périls confondus (CCR). Et le régime dans son ensemble reste sous tension : la CCR relève que, depuis 2016, huit années sur neuf ont été techniquement déficitaires.
Ce que ça change pour les assurés
Ces évolutions ne sont pas abstraites : elles se traduisent déjà sur les contrats d’assurance habitation.
La cotisation. Tous les contrats dommages comportent une surprime obligatoire finançant le régime catastrophes naturelles, exprimée en pourcentage de la prime. Sur les biens hors véhicules, cette surprime est passée de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025 (arrêté du 22 décembre 2023, confirmé par la CCR). Concrètement, la part « cat nat » de la cotisation a augmenté pour financer un régime durablement déficitaire.
Les franchises. En cas de sinistre reconnu catastrophe naturelle, une franchise légale reste à la charge de l’assuré. Elle est fixée à 380 € pour la plupart des périls, mais à 1 520 € pour la sécheresse (RGA) en habitation (franchises en vigueur depuis le 1er janvier 2024). Le mode de calcul et les cas d’application des franchises sont détaillés dans notre article sur la franchise en assurance habitation.
Les délais et les droits. La loi du 28 décembre 2021 (dite loi Baudu) a réformé la procédure, avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2023 : le délai de déclaration de sinistre est passé de 10 à 30 jours, la proposition d’indemnisation doit intervenir sous un mois, le versement sous 21 jours après accord, et la prescription pour la sécheresse a été portée de 2 à 5 ans. Ces délais sont récapitulés dans notre tableau des délais de déclaration de sinistre. Enfin, l’ordonnance n° 2023-78 du 8 février 2023 a spécifiquement adapté le traitement du RGA, en couvrant les conséquences d’« une succession anormale d’événements de sécheresse d’ampleur significative » et en renforçant la transparence de l’expertise. Le fonctionnement de l’indemnisation catastrophe naturelle est décrit dans notre guide dédié.
Méthodologie et sources
Cette étude repose exclusivement sur des données publiques issues de sources primaires, consultées le 23 juillet 2026.
Source principale. La très grande majorité des chiffres provient du bilan « Les catastrophes naturelles en France — Bilan 1982-2024 » publié par la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) en juin 2025 (document PDF lu directement) : répartition de la sinistralité, classement des événements les plus coûteux, sinistralité moyenne, équilibre du régime, taux de surprime, franchises légales et rappel de la réforme des délais.
Sources complémentaires. Le chiffrage de la sécheresse 2022 provient du Commissariat général au développement durable (CGDD), via le portail notre-environnement.gouv.fr et une publication Thema d’avril 2025. Les données d’exposition du parc de logements (12,1 millions de maisons) proviennent du ministère de la Transition écologique (page du 9 juin 2026). Les références juridiques (arrêté du 22 décembre 2023, décret et arrêté du 30 décembre 2022, loi du 28 décembre 2021, ordonnance n° 2023-78) sont citées telles qu’elles figurent dans les documents publics.
Ce que nous n’avons pas pu vérifier. Par souci de transparence, nous n’avons retenu que des chiffres confirmés en source primaire. Plusieurs données circulant publiquement n’ont pas pu être vérifiées et n’ont donc pas été reprises : un total consolidé d’arrêtés de reconnaissance depuis 1982 (base GASPAR non exploitable avec nos outils), un classement officiel des départements les plus touchés par la sécheresse (inexistant à notre connaissance), ainsi que certaines projections à horizon 2050 dont nous n’avons pas pu lire la source primaire. Les chiffres du jour sur les restrictions d’eau proviennent de la presse spécialisée et sont à recouper sur VigiEau et les bulletins du BRGM.
La sécheresse est-elle vraiment le premier risque catastrophe naturelle ?
Sur les dix dernières années, oui : selon la CCR, la sécheresse représente 52 % de la sinistralité catastrophes naturelles hors auto, devant les inondations (30 %). Sur l’ensemble de la période 1982-2024, l’ordre était toutefois inversé (inondations 49 %, sécheresse 41 %).
Pourquoi la surprime catastrophes naturelles a-t-elle augmenté ?
Au 1er janvier 2025, la surprime obligatoire finançant le régime est passée de 12 % à 20 % sur les biens hors véhicules (arrêté du 22 décembre 2023, confirmé par la CCR). Cette hausse vise à financer un régime que la CCR décrit comme déficitaire huit années sur neuf depuis 2016.
Quelle est la franchise en cas de sinistre sécheresse ?
Pour un logement, la franchise légale sécheresse (retrait-gonflement des argiles) est de 1 520 €, contre 380 € pour la plupart des autres périls, depuis le 1er janvier 2024 (source CCR).
Sources
- CCR, « Les catastrophes naturelles en France — Bilan 1982-2024 » (juin 2025) : consulter le PDF
- CGDD, « Combien a coûté la sécheresse exceptionnelle de 2022 ? » : notre-environnement.gouv.fr
- CGDD, publication Thema « Sécheresse 2022 » (avril 2025) : consulter le PDF
- Ministère de la Transition écologique, « Maisons fissurées : le fonds de prévention argile élargit ses critères » (09/06/2026) : ecologie.gouv.fr
- CCR, « Sécheresse centennale » : ccr.fr
- Actualité restrictions d’eau (juillet 2026) : Selectra (12/07/2026) ; Réussir
Cette analyse peut être librement citée avec la mention « selon Assurance Déclic » et un lien vers cette page.
